11.10.2007
Réveiller l’animal qui est en nous !
Par Bertrand Alliot, attaché temporaire d’enseignement et de recherche à l’Institut Hannah Arendt de l’Université Paris Est (thèse en cours qui traite de la nature et l’environnement), coauteur de Nature, humanisme et politique (éd. Aleph, 27 €), ex-administareur de la Ligue pour la protection des oiseaux.
Notre démocratie a pris l’habitude de multiplier presque à l’infini le nombre des commissions chargées de préparer en amont les décisions politiques. Le problème de ce genre d’instances est qu’elles regroupent souvent en leur sein des personnes aux intérêts contradictoires. C’est pour cette raison qu’elles accouchent le plus souvent de propositions timorées ou de simples déclarations d’intention et il y a assez peu d’espoir que le Grenelle de l’environnement fasse exception sur ce point.
A vrai dire, nul n’est besoin de réunir autour d’une table les différents groupes d’intérêt pour savoir ce qu’il conviendrait de faire. On croit cette démarche utile parce qu’on recherche un consensus
qui, croit-on, permettra d’agir plus facilement. Mais on se trompe : s’il est pris au sérieux, le règlement des problèmes d’environnement produira inévitablement des déçus ou des perdants. C’est bien pour cette raison que la situation actuelle appelle des décisions autoritaires qui, si j’ose dire, tranchent dans le vif ! Elle nécessite aussi des prises de risque (le renforcement du programme nucléaire peut être un exemple). Les perdants ne sont d’ailleurs pas toujours ceux que l’on croit : un programme de réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre pourrait remettre au goût du jour les barrages hydroélectriques et le canal Rhin-Rhône et il faudrait alors que certaines associations fassent des concessions sur l’aspect « biodiversité ».
Mais en vérité, il y a assez peu de chance que des décisions courageuses soient prises. D’abord, parce qu’on ne peut courir deux lièvres à la fois : améliorer la croissance et le pouvoir d’achat et faire de l’environnement une priorité, parce qu’un développement qui n’émet pas de polluants et notamment de gaz à effet de serre, on ne sait pas encore faire ! Ensuite, parce qu’il ne faut pas surestimer le pouvoir politique. Toute décision politique doit être socialement acceptée pour qu’elle soit prise et appliquée. Dans le cas présent, comme on cesse de nous l’expliquer, les décisions politiques doivent être radicales pour être à la hauteur des enjeux. Or la radicalité n’est acceptée que dans un contexte d’état d’urgence.
C’est là que le bât blesse : ce n’est pas la raison ou l’intelligence (l’intelligence du scientifique qui « sait » et qui peut prévoir ou celle du citoyen éclairé et de l’homme politique qui se renseignent et comprennent) qui décrètent l’état d’urgence, mais l’instinct de survie ! Autrement dit, les décisions courageuses adaptées à l’état d’urgence seront prises sous la pression des évènements, c’est-à-dire lorsque chacun d’entre nous sera concerné dans sa « chair ».
Ce n’est pas une réaction de l’intelligence dont nous avons besoin, mais une réaction de l’animal qui est en nous ! Autrement dit, il faut que nous soyons contrariés dans notre quotidien. Mais aujourd’hui, tout va bien : les rayons des supermarchés sont garnis, l’eau coule sans discontinuer du robinet, le radiateur fonctionne. L’animal peut dormir sur ses deux oreilles…
Photo : © Catherine Levesque
19:15 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, consensus, gaz à effet de serre, croissance, citoyen, pouvoir d’achat, pouvoir politique
10.10.2007
Energie, changeons de cap !
Par Didier Lenoir, ingénieur des ponts et chaussées et président du Comité de liaison énergies renouvelables (Cler), auteur de Energie, changeons de cap ! Scénario pour une France durable, qui vient de paraître aux éditions Terre Vivante (14 €).
D’hier à demain, l’énergie a toujours été et sera toujours au centre des enjeux politiques, financiers et tout simplement quotidiens de nos sociétés humaines. Tenus à l’écart des choix énergétiques par un Etat omnipotent dans ce domaine, les Français n’ont bien souvent constaté que l’angoisse d’un manque ou les désagréments d’une rupture d’approvisionnement.
La situation actuelle, constituée d’inquiétudes planétaires et de périls géopolitiques, exige une réflexion beaucoup plus globale : perspective d’une véritable responsabilité partagée, moyens d’utiliser les énergies inépuisables que le Soleil et la Terre nous prodiguent quotidiennement. Sobriété, efficacité, énergies renouvelables, de ces trois clés d’un avenir de développement et de solidarité
découle un ensemble cohérent de propositions : scénario réaliste pour diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre, responsabilité des citoyens et de toutes les organisations dans l’usage et dans la production de l’énergie, partage des compétences entre l’Etat et les collectivités, complémentarité entre énergies locales et productions centralisées...
Cette démarche inspire le CLER dans sa participation au Grenelle de l’environnement. Le groupe de travail 1 (climat / énergie) auquel il participe est parvenu à un réel consensus sur des principes et des propositions pratiques proches de ses propres suggestions. Malheureusement, le groupe 5 (démocratie écologique) n’a pas su comprendre qu’une démocratie écologique sans démocratie énergétique n’avait aucun sens ; il n’a pas abordé cette question. Il appartient donc au débat public en cours d’imposer l’exigence d’une profonde décentralisation du système énergétique français, donnant aux collectivités le pouvoir de choisir, en concertation avec l’Etat, les orientations locales pour l’usage, la production et la distribution de toutes les énergies. D’un nouvel équilibre des pouvoirs découlera le changement des comportements pour l’usage et la production « durables » de l’énergie.
Agenda : le Cler et l’Union nationale des associations familiale organisent le jeudi 11 octobre un petit-déjeuner débat autour du lancement de ce livre et du Grenelle de l’environnement. Rendez-vous à partir de 8 h 30 à l’Unaf, 28, place Saint-Georges, Paris 9e (inscription gratuite).
19:00 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : énergies renouvelables, Etat, gaz à effet de serre, agenda, démocratie, décentralisation
08.10.2007
Echelles et complexité du débat
Par Jean-Michel Valantin, auteur d’Ecologie et gouvernance mondiale, éditions Autrement (15 €)
La seconde phase du Grenelle de l’environnement est constituée de consultations du grand public, par le biais de débats régionaux. Elle voit apparaître un « contre Grenelle », animé par des acteurs qui se veulent en opposition au gouvernement. Or, ce genre d’initiative s’inscrit en réalité dans le cadre même du Grenelle et en assure le développement dialectique, car les consultations officielles et celles des « contestataires » procèdent de la même dynamique d’acculturation de l’ensemble des secteurs de la vie publique française aux questions environnementales.
La volonté exprimée par les députés de participer pleinement aux débats, mais aussi par d’autres acteurs, et les nombreuses interpellations qui prennent place à tous les niveaux du débat général ouvert par le Grenelle contribuent à la montée en puissance de cette nouvelle norme qu’est la nécessité d’articuler l’état de l’environnement à celui de la société, de l’économie et de la décision politique dans le processus démocratique et républicain.
Ce processus est analogue à ce qui se passe non seulement dans d’autres pays, mais aussi à l’échelle internationale. Ainsi, aux Etats-Unis, les associations de maires, mais aussi de gouverneurs, commencent à échanger les bonnes pratiques environnementales tout en se livrant à du lobbying sur ces questions. Plus aucune organisation internationale ne peut se permettre d’ignorer ces problématiques, même si, dans la pratique, beaucoup de choses sont encore à mettre en place.
Le Grenelle est donc à la fois un prolongement et un moteur, au niveau national, de ce mouvement d’idées transfrontalier, qui met au centre du débat politique les questions très complexes liées à l’interdépendance entre la société, l’environnement, la science et l’exigence générale d’équité. Ainsi, après qu’il eut lancé le Grenelle avec les associations et le ministre d’Etat, l’échange, en juin, entre le Président de la République et le gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger, pionnier de ces politiques aux Etats-Unis, exprime bien cette nouvelle tendance. Cette évolution engendre de nombreuses réactions, mais s’affirme comme une tendance politique de plus en plus lourde à l’échelle du globe.
19:03 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : consultations, public, débats, région, agenda, démocratie, international










