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31.10.2007

Les nouvelles perspectives

Par Jean-Michel Valantin, docteur en études stratégiques et spécialiste des questions d'environnement. Il a publié sur ce thème Menace climatique sur l'ordre mondial, aux éditions Lignes de Repères, et Ecologie et gouvernance mondiale, aux éditions Autrement (septembre 2007).

La fin du  « Grenelle de l’environnement » et les mesures annoncées par le Président de la République officialisent l’entrée de la culture politique française dans la nouvelle dimension propre à la pensée de l’environnement. Elles sont dirigées vers la lutte contre le changemmedium_Ecologie_et….3.jpgent climatique, vers l’agriculture, l’urbanisme, les transports, la biodiversité, la santé, vers les modes de gouvernance. En qualifiant ces politiques non pas de  « dépenses » mais « d’investissement », le Président ouvre la possibilité de penser la politique en fonction d’un avenir qu’il est possible d’appréhender non pas comme une répétition du passé, mais comme un potentiel d’évolution en cours, qu’il est possible d’orienter.
Cette réflexion politique est sous tendue par une pensée du monde comme globalité. En d’autres termes, la nouvelle politique environnementale et de développement durable ainsi définie est comprise dans le cadre de l’interdépendance existant entre chacun et tous, et entre l’humanité et la totalité de la biosphère.
Il est d’ailleurs à noter que les prises de position du chef de l’État ont précédé de quelques jours la publication du rapport « GEO4 », du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), qui met en évidence l’accroissement de la pression anthropique sur l’environnement global et sur la nécessité de développer partout des modes de gouvernance politique, économique, sociaux et environnementaux prenant en compte les principes du développement durable, afin de prévenir l’accumulation de risques eux aussi globaux. La France apprend ainsi à penser ses choix en prenant en compte ces questions. C’est une nouvelle séquence de l’histoire de l’État, et de tous les autres niveaux d’autorité, du pouvoir, de la responsabilité et du rapport au monde et au vivant qui commence.

Des Images pour la conscience

Des images, toujours plus d’images. Télévision, Internet, téléphonie, magazines, expositions, publicités : charmés ou écœurés, mais toujours pris dans les filets. Piégés par des univers de plus en plus virtuels, comme la vie sauvage est piégée dans un monde qui n’est plus fait pour elle. Ces images du monde nous auraient-elles fait oublier le monde ? Et comment va-t-il ce monde, le sait-on vraiment ? Gilles Martin a décidé de nous donner des nouvelles de la faune sauvage telle qu’elle va, telle qu’elle s’en va peut-être. La faune sauvage comme indicateur d’un mot aussi galvaudé que malmené : la biodiversité.

Pour cela, il utilise la photographie dans ce qu’elle a de plus noble : une image qui a quelque chose de profond à révéler. Un témoignage, une émotion. Gilles Martin a donc choisi de témoigner. De l’essentiel : du monde vivant, de mondes qui se meurent. Son champ d’action, c’est la Nature même ; son engagement, c’est de montrer ces créatures qui vacillent au-dessus de l’abîme : celui de l’extinction. Elles sont des centaines hélas, et leur liste, de déserts en forêts, de montagnes en mangroves, résonne à la longue comme une malédiction aux oreilles humaines. Nous ne pouvons qu’être pris de vertige en faisant la somme de ce que nous avons déjà détruit. Le dodo ou le tigre de Tasmanie, dont, vaguement coupables, nous scrutons les yeux de verre au fond des collections muséographiques, annoncent-ils des légions d’animaux naturalisés, relégués aux vitrines des muséums et au souvenir ?medium_5-L_Arche_avec_omb.forcées_planèt.virgule.2.jpg

Mais si l’humanité est douée pour la soustraction, elle a aussi quelques sursauts. L’homme se souvient parfois qu’il est intelligent et, mieux, doué d’une conscience, d’une morale. Alors, il parle biodiversité, protection de la nature, écologie. Il agit. Car aujourd’hui, nous n’avons plus l’excuse de ne pas savoir. Nous pouvons être lucides avec désespoir ou avec rage. Gilles Martin a choisi de se battre avec ses moyens. Ceux d’un photographe qui va tirer le portrait des espèces menacées : celles qui sont au bord de l’anéantissement, celles qui ont encore une petite chance. Elles se situent exactement sur cette frange étroite où nous pouvons encore agir : c’est maintenant, dans les dix ans, et tous ensemble. Des images qui s’apparentent à un cri d’alarme, des images compte à rebours.

La mission est urgente et colossale : elle entraîne Gilles Martin sur les six continents et pour des années, comme un moine-soldat de la photographie naturaliste. Après quinze ans de travail et cent pays plus tard, ses photographies seront là commmedium_rainetteauxyeuxrouges-illustration_expo_forets_tropicales.2.jpge un manifeste. Alors, il faudra bien les regarder en face, car chacune d’entre elles nous racontera le destin d’un animal qui a failli mourir. Et s’il n’est plus là, définitivement, aurons-nous encore le courage de rendre à ces bêtes empaillées leur regard de verre ?

Depuis plusieurs années, Gilles Martin s’est engagé dans un projet qui dépasse le cadre de la photographie pour toucher celui de nos consciences. Son ambition : créer, à l’aube du IIIe millénaire, une « Arche de Noé photographique planétaire » ; photographier, avant qu’il ne soit trop tard, la faune sauvage en danger ; témoigner de ces espèces rares et menacées inscrites sur la Liste rouge de l' UICN (Union mondiale pour la nature). Cette démarche d’envergure, initiée dans la décennie 1990, n’a pas d’équivalent, tant sur la couverture géographique que dans la diversité des espèces photographiées. Un travail de fond planifié sur plusieurs années et sur tous les continents du globe.

Gilles Martin s’est assigné un but : utiliser la photographie, son pouvoir d’émerveillement et sa capacité à informer pour donner l’alerte. Ses images accueilleront toutes les beautés du monde vivant, mais elles iront au-delà de la célébration esthétique : elles montreront sa fragilité, elles feront appel à la responsabilité humaine.

Au cours de sa longue histoire, la planète bleue a déjà connu cinq extinctions de masse, dont la plus célèbre sonna le glas des dinosaures. La 6e extinction de masse à laquelle nous assistons en ce début de XXIe siècle est due exclusivement à l’impact d’une espèce dominante sur son environnement : Homo sapiens. Actuellement, 27 000 espèces disparaissent chaque année, 74 par jour, 3 par heure. Une espèce animale ou végétale est rayée de notre planète toutes les vingt minutes !

La première exposition de l’« Arche photographique » est consacrée à La forêt tropicale et sera présentée au Festival international de la photographie animalière de Montier-en-Der (Marne), du 16 au 18 novembre 2007.

medium_calend-couv_copie.jpgUn geste pour le vison d’Europe

En France, la population du vison d’Europe n’excède pas 200 individus. Pourtant protégé, ce mustélidé au bord de l’extinction risque d’être la prochaine espèce de mammifère française à disparaître. Dans le cadre de son projet « L’Arche photographique », Gilles Martin lance l’opération «Un geste pour le vison d’Europe ». L’intégralité des bénéfices de la vente d’un calendrier géant à tirage limité* sera reversée à la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM).

* Calendrier 2008 avec treize espèces menacées emblématiques (gorille de montagne, léopard, éléphant d’Afrique, tortue de mer, gélada…), 48 cm x 52 cm – papier 250 g avec vernis sélectifs mat et brillant. 59 €.Pour tout renseignement, contacter Gilles Martin.

28.10.2007

On ne pourra plus dire qu'on ne savait pas !

Par Frédéric Denhez, auteur des Pollutions invisibles et de La nature, combien ça coûte ? (éd. Delachaux et Niestlé).

Tout d’abord, un satisfecit : "La dégradation de l’environnement a des conséquences constatées sur la santé humaine. Préserver l’environnement nous rend donc directement service. Construire des stratégies politiques et industrielles non seulement préserve la santé des individus, mais aussi soutient la créativité des entreprises concernées. Cette préoccupation est transversale."

Voilà qui réduit à pas-grand-chose les élucubrations scientistes des gugusses de l’Institut international de recherche sur le cancer et de la Gamedium_Pollutions.3.jpggadémie des Sciences. Par une phrase, voilà il me semble illustré le but réel de Sarkozy dans ce Grenelle : empêcher tout un chacun de dire à l’avenir « on ne savait pas ». Avec cette simple phrase est reconnu, dans la droite ligne de Reach (nouvelle réglementation européenne sur les substances chimiques), la validité d’un faisceau de présomption, du doute sanitaire, celui que l’environnement est devenu fondamentalement toxique. En droit français, c’est quasiment une révolution. C’est une façon très habile d’obliger les industriels et les utilisateurs du produit chimique à prendre leurs responsabilités en leur donnant mauvaise conscience.

« Les produits phytosanitaires contenant des substances extrêmement préoccupantes (CMR1, CMR2 et substances bioaccumulables) seront interdits àla vente dès 2008 pour un usage domestique ou dans des lieux publics. » C’est déjà quasiment le cas, depuis la directive Biocide de la Communauté européenne, mais il est bon de rappeler la loi aux « conseillers » incultes des jardineries et aux hystériques de l’anti-limaces. L’essentiel de la contamination par les pesticides a lieu chez soi, dans son jardin…

« Par ailleurs, un objectif sera défini dans les deux mois pour réduire l’ensemble des rejets de certaines substances, toutes sources confondues – parexemple le benzène, le mercure, certains composés du chrome, le perchloréthylène et le trichloréthylène. » Il serait temps ! Cela dit, ces produits, qui comptent parmi les plus toxiques à long terme, sont déjà extrêmement réglementés. La question posée en fait dans cet objectif est leur recyclage ou leur récupération, qui est effectivement un vrai problème. Il n’existe aucune filière spécifique, et les brûler est pire que tout (émission de dioxines et de chlore)

« Ces contraintes et une politique partenariale ambitieuse de substitution etd’innovation, notamment dans le cadre des pôles de compétitivité, stimulerontl’activité économique. » Du Reach dans le texte : mais ça fait du bien de le répéter.

« Création de pôles de recherche : pôles interrégionaux et pluridisciplinaires derecherche et d’expertise sur les liens entre santé et environnement, pôle decompétence en toxicologie et écotoxicologie, et centres inter-CHU de soins, de prévention et de recherche clinique. L’ensemble sera doté de 400 postes de chercheurs. » Il serait temps ! Cela fait près de dix ans que les quelques écotoxicologues encore vivants (il doit demeurer 5 labos en France) pleurent pour leurs crédits et défendre leurs formations doctorales, arguant, à juste titre, que faute de suffisamment d’experts patentés, la France se fait de facto imposer toute réglementation en Conseil par les pays qui, eux, n’ont jamais cessé de financer la recherche en écotoxicologie (toxicité de l’environnement), comme le Danemark, l’Espagne ou l’Italie. Cela fait également des années que les médecins dignes de ce nom déplorent l’absence totale de formation à la toxicité environnementale (nature, lieux de travail, maison) de leur profession, et de la faiblesse de la santé publique en France : l’épidémiologie est une science peu pratiquée en France. Quant à la génomique environnementale, science nouvelle qui étudie la sensibilité particulière des individus aux produits toxiques, elle est par contre bien dotée chez nous. L’objectif est donc louable, il reconnaît une situation tragique, mais il ne sera pas atteint avec 400 postes (c’est le minimum que réclament les seuls écotoxicologues), qui plus est dans un environnement médical français où domine la médecine curative, technique et dominée par la cancérologie. Il va falloir beaucoup d’argent durant beaucoup d’années…

« Etablissement de registres des cancers, des maladies neurodégénératives et des pathologies respiratoires » Hum… Autrement dit, il n’y a pas assez de registres du cancer, donc pas assez de données épidémiologiques, n’en déplaise à ceux et celles qui s’en contentent pour affirmer que huit cancers sur dix sont dus au tabac. Enfoncer cette porte ouverte va, une fois de plus, coûter cher ! Pour établir un registre, il faut des outils statistiques, des médecins formés (qui risquent de réclamer une prime pour s’en servir), et un recueil des données sans faiblesse.

« Développer l’équité en matière de santé-environnement : consultations santé-environnement ouvrant droit à une prise en charge au moins partielle pour les personnes les plus vulnérables ; intervention accélérée en cas de problème sanitaire signalé. » Avec quels spécialistes ? Nos médecins ne sont pas formés, et la santé environnementale est une discipline balbutiante en France. Avez-vous déjà entendu votre praticien, en consultation, vous poser des questions sur votre environnement de vie, de travail ? Par ailleurs, cet objectif sera impossible à réaliser tant que le nombre de médecins du travail diminuera : c’est au bureau et à l’usine que la contamination chimique se fait.

« Mission parlementaire sur l’organisation de la veille environnementale,s’appuyant notamment sur une analyse du rôle actuel de l’IFEN, de l’AFSSET (pour le suivi des substances chimiques dans les milieux) et de l’AFSSA » Bonne idée. Il y a trop d’agences qui se marchent sur les pieds. Ces messieurs-dames auraient pu aussi ajouter l’INRS, l’Ineris et l’INVS, lequel INVS devrait tout chapeauter.

« Mise en place d’un portail pour la diffusion des données environnementales » Rien à dire, il le faut.

« L’étiquetage obligatoire des matériaux de construction et de décoration, notamment sur leur contenu en polluants volatils. L’interdiction dès 2008 des substances CMR1 et CMR2 dans ces produits. Le cas des substances CMR3 sera traité dans le cadre de l’élaboration du Plan national santé environnement II. » C’est déjà en grande partie fait : regardez au dos de tous les produits de décoration : il y a la teneur en COV (composés organiques volatils) sous celle imposée par les deux dernières réglementations européennes…

« La mise en place de systèmes de mesure et d’information sur la qualité del’air intérieur dans les établissements recevant un public nombreux ouvulnérable (enfants, personnes âgées, etc.), et dans tous les établissements publics recevant du public (gares, aéroports, métro, etc…). » Une analyse de l’air est déjà coûteuse et complexe, comment un appareil pourra la fournir en continu ! ? Et si vous observez que le hall d’embarquement de Roissy est saturé de benzo-a-pyrène, que faites-vous ? Vous prenez le train ?

« Adapter l’observation et la veille sanitaire aux risques émergents, en articulant les réseaux existants et en s’inspirant notamment du Center for Disease Control américain (comité de pilotage MSJS-MEDAD) » Tout est dit : l’épidémiologie française est tellement nulle qu’elle aurait mieux fait de s’inspirer du CDC qui, c’est vrai, est ce qu’on fait de mieux dans le monde. Une seule agence, qui analyse en permanence les données statistiques environnementales, médicales, sanitaires, sociales venues de presque tout le pays. Mais le CDC n’existerait pas sans un excellent réseau de médecins et de scientifiques formés à l’épidémiologie, aux statistiques et à la toxicologie de l’environnement…

« Anticiper les risques liés aux nanomatériaux : débat public organisé par la CNDP sur les impacts des nanoparticules et nanomatériaux ; déclaration obligatoire aux pouvoirs publics de la présence de nanoparticules dans les produits grand public, dès 2008 ; bilan coûts/avantages systématique avant la mise sur le marché de produits contenant des nanoparticules ou des nanomatériaux, dès 2008 ; assurer l’information et la protection des salariés à partir des résultats des études en cours (AFSSET) » Bravo ! L’expérience de l’amiante aura peut-être été utile.

« Rassembler les résultats scientifiques sur les radiofréquences et la santé,notamment en téléphonie mobile ; étude de faisabilité d’une campagne de mesure ; à l’instar de ce que font déjà d’autres pays européens, déterminer la valeur limite d’émission en matière de téléphonie ; intégrer un chapitre « électromagnétisme » dans la loi-programme issue du Grenelle. » Autrement dit, on doute de la béatitude des opérateurs de téléphonie mobile. Et on a raison : le risque s’accroît à mesure que les études s’accumulent et l’inquiétude monte, réellement, chez les chercheurs. Etudes dont on parle peu en France. Que Bouygues Telecom, SFR et Orange soient de gros acheteurs de pubs n’est sûrement pas étranger à cet étrange silence.

« Information accrue des entreprises utilisatrices et de leurs salariés au travers de fiches de données de sécurité significativement améliorées. » C’est pas trop tôt, mais il faudrait aussi sanctionner chefs d’entreprise et salariés qui, dans les PME, se fichent complètement des réglementations. Allez faire un tour un jour chez un menuisier !

« Par la négociation entre partenaires sociaux, examen d’un rôle accru des CHSCT dans le domaine santé environnement, suivi des populations à risque au travail, formation de médecins spécialisés, curriculum laboris pour les salariés,etc. » Bonne idée, mais, comme déjà dit, c’est un vœu pieu. Il faudra une bonne dizaine d’années pour former de spécialistes. La France a trop attendu !

« Introduire les exigences de Reach dans une convention internationale dépassant le cadre européen » C’est bien, mais Américains et Japonais n’ont pas attendu : ils s’appliquent déjà à eux-mêmes les directives, histoire de ne pas se retrouver technologiquement dépassé. En résumé : mesures en partie déjà prises, portes ouvertes, mais qu’il est bon d’enfin constater l’officialisation d’une situation inquiétante, dénoncée depuis une vingtaine d’années par les scientifiques du monde entier ! Vraiment, on en pourra plus dire « on ne savait pas » ! Il aura fallu attendre qu’un Président le décide pour cela soit écrit. Ainsi appuyé par un joli collège d’experts et l’opinion, saura-t-il en imposer à tous les lobbies qui ont tout fait pour l’élire ? L’année 2008 s’annonce intéressante… 

 

 

 
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